Friday, December 14, 2018
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Jean Delmas : Quarante ans aux Archives, ça conserve

Publié par Le C.G.R. Le 6 janvier 2009
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Jean Delmas

logoC’est, probablement, une sorte de record national. Quelque chose qui mériterait d’être inscrit en lettres d’or dans un de ces grimoires que les générations futures se passeront de main en main, l’air recueilli et vaguement admiratif. Car Jean Delmas aura occupé durant une quarantaine d’années le fauteuil forcément vénérable de directeur des archives du département de l’Aveyron. Et qu’on ne se méprenne pas : La fonction n’implique pas une tolérance extrême à la poussière pas plus que la négation du temps présent. En tout cas, pas telle que l’a conçue Jean Delmas tout au long de sa carrière.

C’est en 1968 qu’il s’installera dans le département, sachant qu’il va gratter l’empilement de temps plus ou moins immémoriaux et que cela lui procurera plus de satisfactions que de gratter des pavés pour essayer de trouver la plage. Une thèse consacrée au vocabulaire de la construction dans le Tarn (après l’école des Chartes), et, surtout, de fréquents séjours chez sa grand-mère maternelle près de Rodez, l’auront déjà familiarisé à la région. Sans oublier des attaches dans l’Aude, l’Hérault ou la Lozère.
Jean Delmas va, en tout cas, mener de front les activités d’archiviste et d’ethnologue. Ce qui, d’ailleurs, lui vaudra d’être élu au conseil de la société d’ethnologie française. Ou encore nommé, par le ministre de la Culture Jean-Philippe Lecat, et reconduit par Jack Lang, au groupe de travail qui planchait sur le patrimoine ethnologique de la France. Il créera le musée du Rouergue, et, une activité nourrissant l’autre, il sillonnera le département, récupérant ce qui peut l’être, consignant ce qui mérite le détour, s’efforçant aussi de recueillir précieusement le mot occitan qui désigne une manière de procéder. Jean Delmas n’affirme-t-il pas que « tant que la technique est représentée, le vocabulaire subsiste ». Ce désir de renouer les fils du passé, et donc de mieux comprendre les réalités du présent, il le tient de ses parents médecins. Et notamment de son père, professeur d’anatomie à la faculté de médecine de Paris. Ce dernier était en effet passionné par la paléontologie, et il étudiait notamment l’émergence des diverses composantes du corps débouchant sur une spécificité typiquement humaine. Comme ce qui permet la parole, par exemple. Cette quête, Jean Delmas l’aura donc transposée sur les objets usuels, les anciens livres de comptes, les relations épistolaires, à l’image de celles qu’il a pu étudier lorsqu’il « auscultait » le fonds Pérignon. Une sorte de don du ciel puisque ce maréchal d’empire était en relation avec les Bonaparte.
Les souvenirs sont donc logiquement nombreux. Jean Delmas, qui a toujours abattu un travail considérable tout en ayant l’air d’avoir toujours le temps, ne se fait pas prier pour en égrener quelques-unes, installé dans l’une des pièces de cette pyramide de verre qui, depuis une vingtaine d’années, symbolise à merveille le mélange heureux du passé et d’un présent qui réfléchit à l’avenir. Assis devant un immense tableau aujourd’hui classé, car il est un des rares tableaux de l’époque révolutionnaire, il en commente avec jubilation les retouches qu’il a subi lorsque l’époque est redevenue favorable à la monarchie. C’est ainsi que l’histoire des hommes s’esquisse, se brouille, revient en pleine lumière. Et c’est ce qui le passionne.
Retraité depuis le 31 décembre au soir (mais il n’avait pas encore eu le temps de ranger complètement son bureau), Jean Delmas va avoir le loisir de se remémorer les échappées belles avec son ami Raymond Henry, lorsqu’ils parcouraient la campagne pour récolter quelques curiosités. Comme cet arbre mort qui servait de poulailler, et que l’agriculteur leur donnera bien volontiers, à charge pour eux de le transporter jusqu’au musée du Rouergue, à Salles la Source, dans une remorque branlante. Il songe aussi à Albert Bibal et quelques autres. Et il se rassure en se disant qu’il va pouvoir s’occuper de la revue Sauvegarde du Rouergue, dont il est désormais le président, succédant à un autre conservateur dans l’âme,… Aussibal. Il est donc probable que les Archives accueillent encore pendant longtemps « leur » directeur.

Hugues MENATOR

Le Midi Libre – le 3 janvier 2009

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