Friday, June 22, 2018
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Un président par intérim Aveyronnais

Publié par Le C.G.R. Le 4 janvier 2012

Argentine. Amado Boudou, le président par intérim, est un Aveyronnais
Le 3 décembre 2011

Il est des grandes sagas qui embrassent et les siècles et leur temps. Et celle qui va se jouer aujourd’hui à Buenos Aires appartient sans nul doute à celles-ci et va résonner jusque dans notre région.

Amado Boudou, vice-président atypique de l’Argentine, va, en effet, diriger ce grand pays d’Amérique du Sud de quelque 41 millions d’habitants, le temps que la présidente Cristina Kirchner se fasse opérer demain d’un cancer. Cette page d’Histoire qui se joue de l’autre côté de la terre va avoir une résonance particulière en France, et plus précisément en Aveyron. Car Amado Boudou – son patronyme le laissait presque deviner – a des origines françaises. Comme des milliers de Rouergats, à la fin du XIXe siècle, poussés par la surpopulation, l’exiguïté des exploitations agricoles et l’arrivée du phylloxéra dans les vignobles, la famille d’Amado Boudou a choisi d’émigrer vers Piguë, la ville-colonie fondée par Clément Cabanettes et François Issaly au fin fond d’une pampa qui rappelait aux deux hommes le plateau aveyronnais de l’Aubrac…

Enfant de la diaspora aveyronnaise

C’est donc un enfant de cette diaspora aveyronnaise, qui va aujourd’hui franchir les portes de la Casa Rosada, le palais présidentiel argentin. Il y restera pour vingt jours, le temps que la présidente se fasse opérer dans une clinique privée de Pilar, à 50 kilomètres de Buenos Aires, d’une tumeur de la glande thyroïde détectée lors d’un examen médical de routine le 20 décembre dernier. Jusqu’au 23 janvier, c’est donc un « Aveyronnais » qui sera à la tête de l’État… et qui pourrait bien y retourner pour un plus long bail en 2015. En effet, les experts voient en celui qui peut afficher une ascension politique fulgurante le dauphin de Cristina Kirchner et un sérieux prétendant à la présidence pour les élections de 2015.

De Durenque à Buenos Aires

Boudou, un nom qui fleure bon l’Aveyron. Amado, un prénom aux senteurs hispaniques. Amado Boudou, un patronyme apatride comme seuls peuvent le porter les descendants des Aveyronnais émigrés en Argentine à la fin du XIXe siècle.

C’est en 1903 que les arrières grands-parents d’Amado Boudou ont quitté l’Aveyron pour ces terres sud-américaines qui ressemblaient à l’Aubrac, en plus vaste. En ce début de siècle, Frédéric Boudou est marié à Eugénie Vernhes. Ils sont proches de la cinquantaine quand ils partent du village de Durenque, avec leurs sept enfants, pour aller s’installer dans la pampa, là où les premiers migrants aveyronnais les ont précédés, vingt ans plus tôt.

L’histoire débute en 1879. Clément Cabanettes, originaire d’un hameau près de Saint-Côme-d’Olt, a fait le voyage vers le nouveau continent avec l’intention de s’engager dans l’armée de la république argentine, friande d’officiers français. Après de multiples péripéties, il dirigera notamment une société de téléphone, il tente de fonder une colonie agricole. Début 1884, il se porte acquéreur de 27 000 hectares dans la région du ruisseau de Pi-Hué. En cette année 1884, Clément Cabanettes, aidé par son compatriote François Issaly, rencontré en Argentine, revient dans l’Aveyron pour recruter des colons et leur rétrocéder les terres dont il est devenu propriétaire. Les lots sont payables en six annuités. Quarante familles rouergates vont être tentées par l’aventure. À cette époque, l’Argentine est en phase de repeuplement et les autorités ont autorisé la venue de mille familles de laboureurs européens.

Les Aveyronnais, soit quelque 160 personnes, partent de Rodez le 23 octobre 1884 et embarquent le lendemain, à Bordeaux, sur le vapeur Belgrano à destination de Buenos Aires. Le 30 novembre c’est tout un village de l’Aveyron qui foule le sol argentin. Les agriculteurs sont les plus nombreux mais d’autres corps de métiers (forgerons, charrons, commerçants…) les accompagnent. Le 4 décembre 1884, les derniers colons arrivent dans cette région de Pi-hué où ils vont construire leur ville, Pigüé. Ce 4 décembre reste la date anniversaire de sa fondation.

Les débuts seront difficiles, pendant trois ans les récoltes sont mauvaises et ne permettent pas de payer Clément Cabanettes. Celui-ci perd ses propriétés et les colons sont obligés de signer de nouveaux contrats, moins avantageux, avec l’ancien propriétaire. Mais la colonie va perdurer, les Aveyronnais travaillent opiniâtrement et en récolte bientôt les fruits.

En 1900, Frédéric Boudou est propriétaire de 25 hectares de terre près de Durenque. L’oncle et la tante de son épouse les encouragent à venir les rejoindre en Argentine où ils pourront louer 200 hectares. Frédéric et Eugénie partent pour Pigüé en 1903 avec leurs sept enfants, mais ne vendent pas la ferme de Durenque, au cas où.

Les deux aînés, Joseph et Firmin, vont se mettre au travail avec leur père et dès la première année les moissons sont excellentes. Les autres enfants Léon, Eugénie, Aimé, Émile, Emilie-Marie et Marie-Rosalie-Léontine-Angéline vont à l’école et apprennent rapidement l’espagnol. Il faudra plus de temps pour les parents d’autant qu’en famille on parle patois ou français.

Les Boudou sont arrivés en Argentine au début d’une période de prospérité qui va continuer de s’accentuer après la Première Guerre Mondiale. Ainsi, en 1919, dans une lettre aux proches restée au pays, Joseph écrit : « Nous avons pour le moment cinq mille hectares de champs pour pâturage et nous semons deux mille et quelques hectares. Dans les cinq mille hectares nous y avons 1 400 vaches et 12 000 brebis, ce qui nous rapporte beaucoup plus que le blé, car maintenant, ce qui vaut c’est la viande pour exporter en Europe. »

Au fil des ans, avec les nouveaux arrivants, la colonie de Pigüé s’enrichit et devient l’une des plus prospère de la pampa. Elle compte aujourd’hui une dizaine de milliers d’habitants et garde la trace de ses fondateurs à travers les noms de familles ou les noms de rue comme la calle de Rodez mais aussi avec la langue du pays qui est restée vivace. Sans oublier une statue érigée à la mémoire de Clément Cabanettes. Les descendants des colons ont essaimé à travers l’Argentine, quelques-uns sont rentrés en France mais la communauté de souche aveyronnaise est encore importante à Pigué.

Amado Boudou est né en 1963 à Buenos Aires et a grandi à Mar del Plata où résident encore actuellement ses parents. Il porte le même prénom que son père qui est le fils d’Aimé Boudou, né en 1896 à Durenque.

Sources : « Des Durenquois en Argentine, Les Boudou » de Pierre Hérail ; association Rouergue-Pigüé, sites internet d’Aurelle-Verlac (auteur Patrick Favaretto).

Portrait

Économiste rock and roll

Amado Boudou, qui va prendre, à 48 ans, la présidence par intérim de l’Argentine, est devenu en dix ans une figure politique de premier plan, au terme d’un parcours atypique. Né le 19 novembre 1963 à Buenos Aires dans une famille descendant des colons aveyronnais de Piguë, Amado passe son enfance dans la ville côtière de Mar del Plata où il jouera au rugby dans les années 70.

Disc-jockey. Après avoir commencé des études d’ingénieur, le jeune Amado se tourne vers l’économie et, à 21 ans, milite au sein de l’Upau, un mouvement étudiant de droite. Mais il déploie son énergie dans son autre passion : la musique. Après l’animation de soirées chez des amis du lycée, il devient un disc-jockey en vue dans les trois plus grosses discothèques de la côte. Il finira même par organiser le festival Rock in Bali. Cette «rock attitude» est loin d’être feinte. Se produisant comme invité du groupe La Mancha de Rolando, Amado Boudou a terminé les meetings de la campagne présidentielle d’octobre dernier en jouant de la guitare électrique…

Entrepreneur. Diplômé de l’université nationale de Mar del Plata et du très libéral centre argentin d’études macro-économiques (CEMA), Amado devient, en 1990, commercial chez Venturio Eshiur, une entreprise de collecte de déchets. Trois ans plus tard, il en est le directeur général. Ce «gagnant» très ambitieux à qui tout réussit rebondit après la faillite de Venturio Eshiur en 1995 et crée sa propre société Ecoplata.

Ministre glamour. Mais à 35 ans , il a envie de faire autre chose et va à Buenos Aires commencer son engagement public et politique. En 1998, il entre comme contrôleur à l’Administration nationale de la sécurité sociale (ANSES)… et en devient le directeur général en 2001. En 2008, en pleine crise internationale des subprimes américaines, il préconisera la renationalisation des fonds de pensions privés avec l’appui de Cristina Kirchner. La présidente en fera son ministre de l’Economie en 2009 puis, à la surprise générale dans les rangs peroniste et kirchneristes, son colistier pour la vice-présidence cette année.

Apportant une bouffée d’oxygène à la politique argentine, Amado Boudou est le chouchou des médias et particulièrement des gazettes people qui ont consacré plusieurs articles à cette «belle gueule» et à sa compagne de 20 ans sa cadette, Agustina Kämpfer, belle journaliste rousse. L’image du couple n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Juan et Evita Peron ; les portraits sont d’ailleurs accrochés dans le bureau d’Amado Boudou, dont l’ambition trouvera son apogée lors de la présidentielle de 2015…

Interview : Nathalie Auguy-Périé, maire de Saint-Côme d’Olt et présidente de l’association Rouergue-Piguë.
Nous l’avons invité chez nousComment avez-vous appris les origines aveyronnaises d’Amado Boudou ?J’avais été alertée par un ami qui avait vu que le vice-président argentin s’appelait Boudou, un nom de chez nous. J’ai alors demandé à l’équipe de généalogistes passionnés que nous avons au sein de l’association de se lancer sur cette piste. L’un d’eux avait fait une étude sur la famille Boudou de Durenque et on s’est aperçu qu’Amado Boudou était bien issu d’une famille aveyronnaise.

Savez-vous s’il a des liens avec l’Aveyron ?Je ne sais pas. En revanchen, son oncle Roberto, qui est de la famille d’une de mes généalogistes, vient très très souvent. Il était là il y a quelques semaines, à Saint-Géniez-d’Olt.

Piguë est une véritable saga. Quelles sont les relations aujourd’hui entre l’Aveyron et cette lointaine colonie ?

Au niveau de notre association, nous essayons que cette histoire ne meure pas. Cela se fait par divers moyens : le 4 décembre pour l’anniversaire de la fondation de la ville, nous avons créé une pièce en occitan qui retraçait l’épopée. En même temps 40 personnes avaient fait le voyage à Piguë. Il y a aussi beaucoup d’expositions, des conférences que nous organisons. L’école de Saint-Côme correspond avec une école de Piguë en visioconférence. On essaie que nos liens restent très concrets avec des actions qui permettent de toucher le plus grand nombre.

Allez-vous inviter cet illustre descendant en Aveyron ?

Oui, l’invitation est lancée. Dès que nous avons eu la confirmation qu’Amado Boudou avait bien des ancêtres aveyronnais, début novembre, nous lui avons lancé une invitation à venir en Aveyron. Nous sommes passés par son oncle, qui connaît notre association et qui doit lui remettre notre invitation. Je pense qu’il ne l’a pas encore en main. Je lui ai laissé un message sur Facebook pour lui dire qu’il allait la recevoir. Mais nous n’avons pas de retour. J’espère une petite réponse et s’il vient, nous serons très heureux de l’accueillir.

Propos recueillis par Ph. Rioux

L’association Rouergue-Piguë sur internet : http://rouergue-pigue.com

 

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